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Valérie Van Peel : « Des milliards qui fuient dans la sécurité sociale »
Dans un entretien approfondi accordé à VTM Nieuws, la présidente de la N-VA, Valérie Van Peel, a fait part de ses vives inquiétudes concernant l’état des finances publiques belges. Selon elle, le pays fait face à un défi colossal pour remettre son budget sur les rails, et c’est avant tout du côté des dépenses publiques qu’il faut regarder pour prévenir de nouvelles crises.
Des aides énergétiques ciblées, mais à manier avec prudence
L’interview s’est ouverte sur les récentes aides énergétiques accordées aux entreprises. Si la mesure a finalement été adoptée, Valérie Van Peel a souligné que la N-VA aurait préféré temporiser davantage. « Ce n’est pas encore le moment de prendre de telles mesures », a-t-elle déclaré. « L’État ne peut plus mobiliser des budgets colossaux pour corriger les erreurs du passé. »
Elle a insisté sur le fait que les dispositifs actuels sont strictement ciblés, notamment sur les personnes qui n’ont pas d’alternative pour leurs déplacements domicile-travail. Elle a également mis en garde contre certaines propositions d’autres partis : « Ce que beaucoup de mes collègues présidents ne disent pas, c’est que toutes ces mesures devront être remboursées par les citoyens, avec intérêts. Car notre budget est dans un état critique. »
Le pire budget d’Europe
La Belgique fait face, selon elle, à la situation budgétaire la plus préoccupante d’Europe. Valérie Van Peel en attribue la responsabilité aux gouvernements précédents : « Nous avons hérité du plus grand déficit de toute l’Europe. C’est là que tout commence. »
Malgré des économies déjà réalisées à hauteur de 32 milliards d’euros, le poids des intérêts sur la dette continue d’augmenter. Elle n’a pas mâché ses mots : « Le défi est immense. L’enjeu est de redevenir un pays capable d’affronter une prochaine crise — ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »
Cap sur la Sécurité sociale En Belgique, la sécurité sociale relève jusqu’à aujourd’hui du fédéral. Les principaux piliers de la sécurité sociale belge sont l’assurance maladie-invalidité (INAMI), les pensions, l’assurance-chômage et les allocations familiales, sans oublier les maladies professionnelles, les accidents du travail et les vacances annuelles. Certains partis flamands prônent depuis longtemps le transfert de (grands pans de) la sécurité sociale aux régions et communautés. sécurité sociale : « des milliards qui s’évaporent »
Pour réduire le déficit, la N-VA entend s’attaquer en priorité aux dépenses publiques, en particulier celles liées à la sécurité sociale. Valérie Van Peel affirme que des milliards d’euros sont versés à des personnes qui n’y auraient pas droit, notamment via le système de « l’intervention majorée ».
« Nous avons à la fois le plus grand déficit et la pression fiscale la plus élevée. Il faut donc examiner les dépenses, comme l’intervention majorée. Elle doit être réservée à ceux qui vivent réellement dans la précarité, pas aux 2,4 millions de personnes qui en bénéficient aujourd’hui », a-t-elle expliqué.
Le rôle des mutualités dans le viseur
Valérie Van Peel a également critiqué le rôle des mutualités. « Il faut mettre fin à un système où les mutualités accordent automatiquement une intervention majorée à leurs affiliés », a-t-elle affirmé. « Si vous pensez avoir droit à une aide publique, vous devez pouvoir prouver que vous en avez réellement besoin. »
Elle pointe aussi des lacunes dans le contrôle des malades de longue durée. Selon elle, plusieurs rapports montrent que de nombreuses personnes restent indûment dans ce statut, faute de contrôles suffisants de la part des mutualités. « Ce serait, à mes yeux, immoral de laisser perdurer une fuite de plusieurs milliards », a-t-elle répondu aux critiques du secteur.
Pas de cadastre des patrimoines, mais un débat ouvert
En réaction aux propositions du ministre Frank Vandenbroucke (Vooruit) visant à instaurer un cadastre des patrimoines, Valérie Van Peel est restée ferme : « Nous n’allons pas mobiliser une armée de fonctionnaires pour cartographier le patrimoine de chaque Belge, comme certains le suggèrent. Il n’y a pas besoin d’un tel cadastre. Dans la pratique, c’est irréalisable et cela pénaliserait les mauvaises personnes. »
Concernant une éventuelle « taxe sur les millionnaires », elle s’est montrée plus nuancée. Elle se dit ouverte à des propositions qui n’affectent pas la classe moyenne et n’entraînent pas de fuite des capitaux, mais rejette les approches actuelles de la gauche : « Une taxe sur les millionnaires sonne bien, mais elle n’existe pas — et n’existera jamais — car elle reviendrait à scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis. »