Maaike De Vreese : « Davantage de détenus étrangers doivent purger leur peine dans leur pays d’origine »

23 avril 2026
Maaike De Vreese

La Belgique transfère aujourd’hui plus de criminels condamnés de nationalité étrangère vers l’étranger qu’elle ne rapatrie de Belges détenus à l’étranger. C’est ce qui ressort des chiffres demandés par la députée Maaike De Vreese à la ministre de la Justice Annelies Verlinden (cd&v). Pourtant, le système reste sous-exploité. « Nous allons dans la bonne direction, mais le rythme est beaucoup trop lent. La Justice doit passer à la vitesse supérieure », affirme Maaike De Vreese.

Un potentiel important chez les ressortissants de pays tiers

Entre 2020 et 2025, 449 criminels ont été transférés de la Belgique vers l’étranger, contre 175 rapatriés vers la Belgique. Sur six ans, cela représente un solde net de 274 condamnés en plus envoyés à l’étranger que reçus. Cette tendance se confirme année par année : +23 (2020), +74 (2021), +34 (2022), +56 (2023), +50 (2024) et +37 (2025). Les nationalités les plus fréquentes dans ces dossiers sont roumaine, néerlandaise et française.

« Cette évolution est positive, mais elle montre aussi qu’il y a encore une marge de progression considérable », souligne Maaike De Vreese. « Si l’on regarde les nationalités concernées, on constate qu’il s’agit surtout de citoyens de l’Union européenne. Le véritable potentiel se trouve chez les ressortissants de pays tiers, et c’est là que nous manquons des opportunités. » Ainsi, en 2025, seuls trois détenus marocains ont été transférés vers leur pays d’origine, contre quinze en 2013, alors même que la coopération avec le Maroc a récemment été renforcée.

Le gouvernement fédéral continue d’élargir son réseau d’accords internationaux. Des accords ont récemment été conclus avec le Cambodge et des négociations sont en cours avec la Tunisie et l’Égypte. Aujourd’hui, la Belgique peut entamer des procédures de transfert avec une nonantaine de pays. « C’est une bonne chose, y compris pour les Belges détenus à l’étranger », explique Maaike De Vreese. « Pensons à Tanguy Taller, détenu depuis des années dans des conditions déplorables au Cambodge. Grâce à un nouvel accord, il pourrait purger sa peine en Belgique. Mais les traités ne suffisent pas : sans mise en œuvre concrète, ils restent lettre morte. »

Le manque de capacité au sein de la Justice reste un problème

Au sein du SPF Justice, le suivi de ces dossiers est assuré par la Prisoner Transfer Unit, qui ne compte actuellement que sept collaborateurs. Cinq agents supplémentaires viendront renforcer l’équipe d’ici fin 2026. « C’est un pas dans la bonne direction, mais c’est aussi la reconnaissance que ce service a été sous-doté pendant des années », estime Maaike De Vreese. « Si nous voulons prendre cet instrument au sérieux, il faut garantir des moyens suffisants et un suivi rapide et efficace. »

« Cet instrument nous permet de désengorger nos prisons tout en envoyant un signal clair : ceux qui commettent des infractions ici sans être Belges purgeront leur peine dans leur pays d’origine. Mais pour cela, la ministre Annelies Verlinden doit veiller à ce que son administration dispose du soutien et des effectifs nécessaires pour fonctionner à plein régime », conclut Maaike De Vreese.

Qu’avez-vous pensé de cet article?

Indiquez ici votre score personnel
Le score moyen est de