Sophie De Wit : « Le nombre de dossiers de violences conjugales a augmenté de 20 % »

5 mars 2026
Sophie De Wit

La réponse de la ministre de la Justice Annelies Verlinden à une question écrite de la députée Sophie De Wit révèle que le nombre de dossiers de violences conjugales a augmenté de près de 20 % entre 2021 et 2025. « Il est positif que davantage de victimes trouvent le chemin vers la police, mais trop de drames invisibles continuent de se jouer derrière les façades de nombreuses maisons dans notre pays », déclare Sophie De Wit.

En 2021, on recensait 56 346 dossiers, contre pas moins de 67 583 en 2025, soit environ 185 dossiers par jour. Sur l’ensemble de la période 2021-2025, cela représente près de 324 000 dossiers traités par les parquets. « Nous devons encore abaisser le seuil pour porter plainte, notamment en facilitant le fonctionnement des Maisons sûres régionales, avec suffisamment de personnes de liaison issues des zones de police et en mettant à disposition un nombre suffisant de criminologues auprès des parquets », souligne Sophie De Wit.

Agressions physiques, harcèlement et menaces

Dans de nombreux cas, il s’agit d’agressions physiques, mais pas uniquement. Environ 36 % des dossiers de violences conjugales concernent des coups et blessures volontaires. Près de 16 % portent sur des faits de harcèlement, environ 14 % sur des conflits relationnels, près de 12 % sur des problèmes liés à la non-remise d’enfants et environ 8 % sur des menaces.

La manière dont ces dossiers arrivent à la Justice est également révélatrice. À peine 0,5 % résultent d’une plainte directe ou d’une constitution de partie civile par une personne concernée, tandis que près de 94 % des dossiers du parquet découlent d’un procès-verbal de la police. Cela confirme que les violences conjugales ne deviennent généralement visibles qu’au moment où la police doit intervenir sur place lors d’une situation de crise.

Application pour les victimes avec traceur GPS

« Afin de mieux protéger les victimes, nous avons également déposé une proposition de loi permettant aux juges d’imposer l’utilisation de l’application destinée aux victimes dans davantage de situations, notamment lors d’une libération conditionnelle, d’un placement sous surveillance électronique ou d’une interdiction temporaire de domicile. Cette proposition est prête à être soumise au vote », précise Sophie De Wit.

L’application équipe à la fois l’auteur et la victime d’un traceur GPS. Dès que l’auteur enfreint l’interdiction, la victime reçoit immédiatement une alerte. Dans le même temps, le centre de surveillance électronique est également averti afin que les services de police puissent intervenir rapidement.

La majorité des dossiers n’arrivent jamais devant le tribunal

Selon les statistiques des parquets, pas moins de 60 % des dossiers de violences conjugales se terminent sans poursuites pénales : plus de 35 % sont classés sans suite pour des raisons techniques, par exemple faute de preuves suffisantes ou parce que l’auteur est inconnu. Près de 27 % sont classés sans suite pour des raisons d’opportunité, comme un « impact sociétal limité », l’absence d’antécédents judiciaires ou le jeune âge du suspect. À peine 11 % donnent lieu à des poursuites classiques devant le tribunal, et dans environ 11 % des cas, une mesure alternative telle que la probation est imposée.

« Il est problématique que plus de la moitié des dossiers de violences conjugales ne fassent pas l’objet de poursuites, d’autant plus que près de la moitié de ces classements s’expliquent par des raisons d’opportunité », estime Sophie De Wit. « Comment l’absence d’antécédents judiciaires ou l’impact sociétal limité peuvent-ils entrer en ligne de compte pour des faits aussi graves que les violences conjugales ? »

Le nombre d’interdictions temporaires de domicile double

Les chiffres relatifs à l’interdiction temporaire de domicile montrent également une nette augmentation ces dernières années. Cette mesure consiste à éloigner temporairement l’auteur présumé du domicile à la suite d’un signalement de violences, afin de protéger la victime et sa famille. Le nombre de mesures est passé de 438 en 2021 à 926 en 2025, soit plus du double.

« En Flandre, sous l’impulsion de la ministre Zuhal Demir, nous avons fortement renforcé ces dernières années le recours aux interdictions temporaires de domicile. C’est un instrument puissant pour protéger les victimes de violences familiales. Les Maisons sûres continuent également d’atteindre un nombre croissant de familles. Cette approche intégrée de la violence intrafamiliale trouve de mieux en mieux sa place auprès des familles en difficulté », affirme Sophie De Wit.

Au cours des cinq dernières années, 737 violations de ces interdictions de domicile ont également été enregistrées. Lorsqu’une interdiction est enfreinte, la Justice réagit de manière plus ferme : dans près de 60 % de ces dossiers, des poursuites classiques sont engagées.

« La Justice doit réellement améliorer le suivi des dossiers de violences conjugales. Il faut une enregistrement uniforme des violences conjugales et intrafamiliales ainsi qu’un suivi cohérent des mesures telles que les interdictions de contact et les interdictions temporaires de domicile. Si plus de la moitié des dossiers de violences conjugales se terminent sans poursuites pénales, nous devons au minimum savoir ce qu’il se passe ensuite : quel accompagnement est proposé, quels contrôles sont mis en place et avec quels résultats. Aujourd’hui, personne ne peut le dire, et cela est préjudiciable pour les victimes », conclut Sophie De Wit.

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