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Valerie Van Peel : « Il est du devoir fondamental de l’État de protéger l’enfant à naître »
Une nouvelle proposition de loi, portée par les députées Sophie De Wit et Frieda Gijbels, vise à permettre le placement en traitement obligatoire des femmes enceintes toxicomanes qui continuent à consommer pendant leur grossesse. Dans l’émission De Ochtend, la présidente Valerie Van Peel explique pourquoi cette mesure est, selon elle, la pièce manquante de la chaîne des soins. « On ne peut pas continuer à regarder passivement en se disant : “Attendons encore un peu” », déclare-t-elle.
L’initiative se compose de deux volets : au niveau flamand, elle concerne le placement d’enfants dès la naissance en cas de situations extrêmement dangereuses ; au niveau fédéral, elle vise à protéger l’enfant à naître.
La tragédie du “bébé toxico”
Pour Valerie Van Peel, l’urgence d’agir saute aux yeux dès la maternité. « Un bébé né sous emprise est l’une des choses les plus terribles qu’on puisse voir », confie-t-elle. « Il ne naît pas en pleurant, mais en hurlant. Ces bébés doivent entamer un sevrage immédiat et souffrent souvent de troubles physiques et mentaux à long terme. » Beaucoup finissent dans les services d’aide à la jeunesse ou dans des institutions spécialisées.
Les chiffres exacts sont rares, mais les signaux sont inquiétants. Rien qu’en ce qui concerne les cas de forte alcoolisation, on estime à environ 250 le nombre de bébés nés chaque année en Belgique avec un syndrome d’alcoolisation fœtale.
Une mesure de dernier recours
Van Peel insiste : une hospitalisation forcée ne peut jamais être la première réponse. « Cela doit toujours être une mesure de dernier recours. La priorité reste d’accompagner les parents et l’enfant à naître avec une aide adaptée. » Elle plaide pour une approche proactive, mais constate que certains parents ne se préoccupent tout simplement pas de leurs enfants.
« Beaucoup de ces parents enchaînent les naissances, et on reste dans une posture attentiste à chaque fois », déplore-t-elle, forte de son expérience en tant qu’ancienne présidente du CPAS. Quand une mère accouche d’un cinquième ou sixième enfant dans un contexte de violence ou d’addiction, Van Peel estime qu’il faut intervenir.
Enjeux juridiques et éthiques
Certains craignent que ce type de contrainte n’empêche les femmes les plus vulnérables de demander de l’aide. Valerie Van Peel comprend ces préoccupations, mais rappelle que l’hospitalisation forcée pour toxicomanie existe déjà lorsque la personne constitue un danger pour elle-même ou pour autrui. « Tout ce que nous faisons ici, c’est d’élargir la notion d’“autrui” à l’enfant à naître, qui aujourd’hui n’a pas de voix. »
La décision de placement n’appartiendra en aucun cas au monde politique : un médecin devra constater un danger réel, puis un juge de paix tranchera en tenant compte du cadre légal. Selon Van Peel, une telle mesure peut être juridiquement solide et compatible avec la Convention européenne des droits de l’homme, à condition que toutes les autres formes d’aide aient été épuisées au préalable.
Pas une punition, mais une aide
« Il ne s’agit pas de punir une mère en la plaçant pour l’aider à mettre au monde un enfant en bonne santé. C’est en réalité une double aide », insiste Van Peel.
L’objectif reste toujours de maintenir les familles ensemble, lorsque cela est possible. « Mais il faut aussi oser reconnaître que, pour certains parents, ce n’est pas possible — et parfois, ce n’est même pas souhaitable », conclut-elle.