Theo Francken : « America alone, c’est la fin d’un empire »

9 janvier 2026

Dans le studio de Terzake, le ministre de la Défense Theo Francken a livré une analyse sans détour de la situation de sécurité internationale, abordant tout, de l’interception de pétroliers russes au large de l’Écosse aux tensions diplomatiques autour du Groenland. « Le seul à boire du champagne, c’est Poutine à Moscou. Il se dit : “Regardez-les faire, là au sein de l’OTAN.” »

Sur la flotte « fantôme » russe

La récente interception par la marine américaine du tanker russe Bella-1 (ou Marinera) marque un nouveau chapitre dans les tensions maritimes. « Cette flotte fantôme est une épine dans l’œil », affirme résolument le ministre. « Ils naviguent sous un pavillon tiers, mais ce sont en réalité des navires russes. Ce sont des bâtiments d’espionnage, de transport de gaz ou de pétrole, et parfois même de personnels, de renseignements, de troupes ou d’équipements. »

Francken suppose que la cargaison du tanker va au‑delà de ce que la paperasserie officielle indique, soulignant les connexions possibles avec le Hezbollah, l’Iran et le Venezuela : « Ça m’étonnerait que ce soit uniquement du pétrole. Si c’est vraiment un actif lié au Hezbollah, alors il y a peut‑être bien plus en jeu. » Selon lui, cela illustre un système coordonné d’adversaires que les États‑Unis démêlent progressivement.

Le « backstop » américain en Ukraine

Sur l’avenir de l’Ukraine et le rôle des États‑Unis, Francken se montre optimiste quant aux garanties américaines. Malgré la rhétorique de Donald Trump, le ministre affirme croire en un engagement solide — le fameux American backstop. « J’en suis certain », déclare‑t‑il à propos de la fiabilité des États‑Unis.

Francken insiste sur le fait que ce backstop est crucial pour une force de stabilisation éventuelle après un accord de paix : « L’Amérique facilité le travail de nos troupes et cette force de stabilisation en fournissant renseignements, logistique et certaines capacités que nous n’avons pas. » Il affirme que le message au Kremlin est clair : « Cela dit à Moscou très clairement : n’essayez même pas, car ce sera un désastre. »

L’engagement de la Belgique

Francken ne nie pas que la Belgique ait progressé sur le plan de la défense. Il rappelle le mandat reçu du président de son parti, Bart De Wever : « Faites deux choses : reconsolidez notre armée, renforcez‑la, et soutenez l’Ukraine. »

Bien que la Belgique fasse partie de la Coalition of the Willing, il n’est pas question d’envoyer des troupes combattre au sol. L’accent est mis sur la force aérienne et navale ainsi que sur des unités terrestres spécifiques pour la stabilisation après la guerre. Francken se montre cependant discret sur les détails de ces capacités, afin de ne pas fournir d’informations à l’ennemi : « Pourquoi devrions‑nous… le dévoiler à la Russie ? Je comprends que l’on demande de la transparence, mais il faut aussi toujours évaluer : jusqu’à quel point cela met‑il nos propres troupes en danger ? »

La controverse autour du Groenland

Un dossier particulièrement délicat pour le ministre est la pression américaine sur le Danemark au sujet du Groenland, qui le touche personnellement en tant qu’atlantiste convaincu. « Mon cœur saigne », admet‑il. « Surtout parce que le Danemark est un allié extrêmement loyal. »

Francken dit recevoir des critiques de l’opposition de gauche sur la faiblesse géopolitique européenne : selon lui, cela est dû à des décennies de désinvestissement dans la défense. Il insiste sur le fait que sous le précédent ministre Steven Vandeput, ce virage a commencé. Il estime que ce conflit ne profite qu’à l’ennemi : « Le seul à boire du champagne, c’est Poutine à Moscou. Il se dit : “Regardez‑les faire, là au sein de l’OTAN.” » et met en garde les Américains contre les risques d’une politique unilatérale : « America first, je comprends cette politique… mais America alone, c’est la fin d’un empire. »

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