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Sophie De Wit : « Aucune visibilité sur la consommation de drogue dans les festivals »
Le gouvernement fédéral ne dispose d’aucune donnée concrète sur le nombre d’incidents liés à la drogue, de saisies ou de suspects dans les festivals belges. C’est ce qui ressort d’une question parlementaire posée par la députée Sophie De Wit. « Comment peut-on mener une politique efficace en matière de festivals si la Justice ignore ce qui s’y passe, surtout dans un pays connu internationalement pour ses grands événements musicaux ? », déplore-t-elle.
Pas de chiffres, pas de suivi, pas de vision
La réponse reçue ne laisse guère de place à l’interprétation : il n’existe actuellement aucun système fédéral de suivi des infractions liées à la drogue dans les festivals. Les bases de données du ministère public ne permettent pas d’identifier les dossiers liés spécifiquement à des festivals. Quant à la base de données policière ANG, elle ne contient aucune information spécifique sur les contrôles ou saisies effectués lors de festivals.
Même les grands festivals comme Rock Werchter, Dour, Tomorrowland ou Pukkelpop sont totalement absents des statistiques fédérales.
Pour Sophie De Wit, il s’agit d’un problème structurel. « L’un des plus grands défis en matière de sécurité et de santé dans les festivals est géré à l’aveugle au niveau fédéral. Quand même les données de base manquent, la Justice échoue dans l’une de ses missions essentielles. »
Des analyses mobiles, mais sans cadre fédéral
Le Centre national de toxicologie du NICC (Institut national de criminalistique et de criminologie) dispose pourtant de dispositifs d’analyse mobile permettant de tester des drogues sur place. Mais en 2024, ces appareils n’ont été utilisés que dans deux festivals : Extrema Outdoor et Tomorrowland.
Sophie De Wit insiste : ces initiatives ne peuvent en aucun cas remplacer une véritable politique de contrôle. Pire encore, il n’existe aucun cadre fédéral clair déterminant quand, comment et dans quel but ces dispositifs peuvent être utilisés.
« L’utilisation de ce type d’outils soulève en outre des questions juridiques et politiques sensibles », avertit-elle. « En l’absence de règles précises, on court le risque d’une politique morcelée, peu cohérente. À l’heure actuelle, il n’y a aucune approche nationale, juste des initiatives isolées, sans visibilité sur leur efficacité. »
Une stratégie claire entre police, justice et organisateurs
La députée en appelle à un cadre fédéral structuré en urgence. Celui-ci doit commencer par des accords clairs et harmonisés entre la police, les parquets et les organisateurs de festivals. Elle demande aussi l’introduction d’une catégorie spécifique « festival » dans la base de données ANG, afin de pouvoir enfin visualiser les incidents et les saisies liés à la drogue.
De Wit plaide en outre pour une meilleure coordination entre la police, la justice et les services de santé, ainsi que pour une Obligation Une obligation est un prêt accordé à une entreprise ou à une autorité qui est remboursé avec un intérêt. Contrairement aux actions, la plupart des obligations ont une durée et un intérêt fixes. Cet intérêt est généralement payé annuellement. De ce fait, les obligations impliquent en règle générale un risque moindre que les actions. obligation de transparence des grands festivals après chaque édition, via un rapport officiel.
« Nos festivals doivent rester sûrs pour les visiteurs, mais nous devons aussi pouvoir barrer la route aux dealers. Cela ne se fait pas avec de vagues intentions, mais avec des données précises, des accords clairs et une politique fédérale cohérente », conclut Sophie De Wit.