Mesures contre le coronavirus : les violences intrafamiliales en forte hausse, les déclarations en net recul

1 avril 2021
Valerie Van Peel

« La santé, ce n’est pas uniquement lutter contre le virus. » La députée fédérale Valerie Van Peel tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme au sujet des violences intrafamiliales. Selon les derniers chiffres, les cas de violences intrafamiliales ont augmenté suite aux confinements, alors que le nombre de déclarations a diminué de manière considérable. « Le gouvernement a refusé d’agir avec fermeté. Il est temps de prendre les violences intrafamiliales au sérieux. »

Nous savions déjà que les cas de violences intrafamiliales, mais aussi de maltraitance et d’abus sur enfants, avaient fortement augmenté suite à la crise du coronavirus. Un enfant sur deux affirme que les disputes ont augmenté à la maison. Depuis le confinement, les facteurs de risque sont en outre plus nombreux. La peur et l’insécurité financière règnent, et les membres du ménage sont ensemble en permanence. Les organisations d’aide parlent d’une hausse de pas moins de 66 %, alors que les statistiques de police font état d’une baisse de 10 % par rapport à 2019. L’inclusion dans les statistiques de police a plongé pile au moment du confinement. Les statistiques de police sont donc très éloignées de la réalité. « Il est déjà incroyable d’avoir dû attendre un an avant que les statistiques de police ne soient disponibles. Cela ne fait que confirmer ce que les organisations et moi-même affirmons depuis le début de cette pandémie : les différents confinements rendent les déclarations de violences intrafamiliales encore plus compliquées », déplore la députée fédérale Valerie Van Peel.

La Flandre agit

Contrairement au niveau fédéral, la ministre flamande de la Justice Zuhal Demir a anticipé les répercussions négatives des mesures contre le coronavirus sur les violences intrafamiliales en augmentant le nombre de refuges, en offrant un soutien adéquat via des assistants de justice, en créant le code « masque 19 » dans les pharmacies et en renforçant la collaboration avec les Family Justice Centers. « La ministre Demir a directement réagi, alors que le niveau fédéral n’a rien fait pendant tout ce temps. La police et la justice, deux départements au rôle fondamental dans la lutte contre les violences intrafamiliales, sont pourtant des compétences fédérales », dénonce Van Peel.

Silence assourdissant du gouvernement De Croo

« L’année dernière, j’ai plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme et fait des propositions pour une approche de crise, mais le gouvernement De Croo a longtemps fermé les yeux», regrette Van Peel. Au début du deuxième confinement, De Croo a expliqué que son gouvernement avait tiré les leçons du premier confinement en adaptant les directives afin que le couvre-feu ne s’applique plus aux citoyens qui fuient des violences. « Quel cynisme, il ne manquerait plus qu’une victime risque une amende car elle cherche à s’enfuir ! Un peu plus tard, le gouvernement fédéral a rejeté la discussion d’urgence sur l’obligation de signalement des maltraitances sur enfants. Ce n’est clairement pas une priorité pour ce gouvernement », déplore Van Peel.

Faciliter les déclarations

Après d’innombrables demandes en ce sens, le gouvernement n’a décidé de demander à la police de reprendre contact de manière active avec les familles au passé violent qu’en décembre dernier. Il ressort maintenant des réponses du ministre de la Justice Van Quickenborne (Open Vld) et de la ministre de l’Intérieur Verlinden (CD&V) que cette prise de contact se fait souvent par téléphone. « Il est très étonnant de procéder par téléphone alors que l’on sait qu’il y a de fortes chances que l’auteur se trouve juste derrière la victime », explique Van Peel. Depuis avril 2020, il est également possible de faire une déclaration en ligne. Mais cela n’a été annoncé nulle part. « Pour que la police puisse prendre contact, il faut qu’elle ait connaissance des cas. Il faut donc faciliter les déclarations. »

Une souffrance humaine que le gouvernement aurait pu éviter

« Il aurait fallu proposer un plan de crise dès le début du premier confinement. Le gouvernement n’a pas pris les choses en main, en dépit des signaux et des mises en garde », explique Valerie Van Peel. Les statistiques de police montrent aujourd’hui à quel point les cas de violences intrafamiliales sont restés cachés durant la pandémie. Le chiffre noir, qui a toujours été élevé, est désormais gigantesque. Le décalage entre la hausse du nombre de déclarations aux organisations d’aide et la baisse du nombre de déclarations à la police est désolant. Derrière ces chiffres se cache une grande souffrance humaine, notamment chez les enfants, que le gouvernement aurait pu éviter.  

Une résolution contenant des mesures fortes

Il est temps que la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden prenne au sérieux le problème des violences intrafamiliales. Il faut agir de manière plus efficace et volontaire. Il faut prendre des mesures fortes contre le coronavirus, mais aussi contre les répercussions négatives de ces mesures. Une résolution émanant de divers partis relative à la lutte contre les violences intrafamiliales a été approuvée récemment. Le gouvernement doit maintenant agir sur la base de ces recommandations. « Il m’arrive de me demander comment nous allons revenir sur les dégâts provoqués durant cette période dans de nombreux domaines. La santé, ce n’est pas uniquement lutter contre le virus », conclut Valerie Van Peel.

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