Geert Bourgeois : « Vision de l’Europe de Macron : un nouveau son de cloche positif »

11 mars 2019
Geert Bourgeois

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt, et souvent un grand enthousiasme, la tribune « Pour une Renaissance européenne » du président français Emmanuel Macron. Le fait que l’un des principaux chefs d’État et de gouvernement ose une analyse critique de l’incapacité de l’Union européenne à apporter des solutions énergiques aux inquiétudes de nombreux citoyens dans certains domaines est un signal fort. Je suis tout à fait d’accord lorsqu’il affirme que « nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie ». L’UE doit réagir de toute urgence, fixer les bonnes priorités et mener une politique orientée résultats afin de mieux protéger nos citoyens et nos entreprises. La renaissance de l’UE défendue par Macron peut constituer une troisième voie entre, d’une part, une croyance europhile dépourvue de tout esprit critique dans un super-État européen et, d’autre part, les forces eurosceptiques qui souhaitent la destruction de l’UE, mettant ainsi en péril la paix et la prospérité.

Le 23 janvier, à l’occasion du sommet annuel du Forum économique mondial de Davos, j’ai publié une tribune libre sur l’UE intitulée « Une UE forte doit davantage protéger nos citoyens et nos entreprises ». J’y ai fait fondamentalement la même analyse que Macron : l’UE ne protège pas suffisamment nos citoyens et nos entreprises contre, entre autres, les conséquences néfastes de la mondialisation, mais la solution n’est certainement pas de jeter le bébé avec l’eau du bain et de quitter l’UE. Macron souligne à juste titre les mérites historiques de l’UE, qui, après deux guerres mondiales sanglantes, a pu ramener la paix et la prospérité de manière durable sur le continent. En outre, et ce n’est certainement pas facile pour le président d’une grande nation fière, il admet avec honnêteté qu’aucun pays (la France non plus) ne peut « agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ». J’ai moi-même écrit : « L’UE peut en revanche jouer un rôle important, à condition de se concentrer. L’UE doit beaucoup mieux protéger nos citoyens et nos entreprises. » Macron souhaite une renaissance de l’Europe et met en avant trois ambitions : liberté, protection et progrès. Je les partage entièrement.

Je rejoins également Macron sur certaines idées, comme une défense européenne plus forte dans le cadre de l’OTAN et en collaboration avec le Royaume-Uni, une hausse des investissements dans la recherche et l’innovation, une meilleure surveillance de nos frontières extérieures, un renforcement de Frontex et la protection de nos secteurs stratégiques contre la concurrence déloyale venue d’autres parties du monde. L’UE a beaucoup à faire et doit avant tout se concentrer sur les missions pour lesquelles elle peut apporter une plus-value grâce à sa taille et qui nécessitent une action coordonnée.

Mais il y a aussi certains points sur lesquels je ne suis pas d’accord et qui m’inquiètent. Une Conférence pour l’Europe ne peut certes pas faire de mal, mais je ne suis pas convaincu de l’utilité de toutes sortes de nouveaux traités. La renaissance indispensable de l’UE ne doit pas rester à l’état de paroles, mais doit être suivie de décisions et d’actes concrets. Voilà le plus important. Depuis la crise de l’asile en 2015, on nous parle d’une meilleure protection des frontières extérieures européennes, mais combien de temps allons-nous encore devoir attendre ? Et quand allons-nous enfin approfondir le marché intérieur avec une union des transports, une union de l’énergie et une union du numérique ?

Je suis plus dubitatif quant aux propositions de Macron de créer de nouvelles agences et de nouveaux conseils qui risquent de renforcer l’image bureaucratique et gaspilleuse de l’UE. Les institutions existantes permettent déjà beaucoup de choses, et nous pourrions les utiliser plus efficacement. Macron manque également de clarté quant au cadre budgétaire. Maintenant que les Britanniques ont décidé de quitter l’UE, nous devons adapter le budget. Je ne suis pas d’accord avec l’augmentation incessante des budgets de l’UE, payés par les impôts et contributions des États, sans analyse critique préalable des missions fondamentales de l’UE. Macron plaide notamment pour une augmentation des dépenses en matière de défense, de sécurité, de surveillance des frontières et d’innovation : très bien, mais l’UE va alors devoir réduire ses dépenses dans d’autres domaines.

Pour finir, je déplore le fait que Macron balaye d’un revers de la main tous les mouvements et courants de pensée comme l’isolationnisme, le nationalisme et le populisme. Je rejette moi aussi les tendances isolationnistes et trouve le populisme parfois dangereux (tant à gauche qu’à droite, soit dit en passant), mais il s’agit de baromètres que nous devons tenir à l’œil. Si autant de personnes votent pour de tels partis, c’est avant tout parce que les partis traditionnels ont échoué et n’ont jamais pris au sérieux les craintes de la population. Et en ce qui concerne le nationalisme, je suis certain que le nationalisme inclusif que mon parti et moi-même défendons ne diffère que très peu de ce que Macron et les Français préfèrent généralement appeler « patriotisme » ou amour de la patrie. Ma patrie est la Flandre, idéalement en tant qu’État membre indépendant d’une UE plus performante. Une UE qui continue de chérir sa devise « Unie dans la diversité » et ne la sacrifie pas sur l’autel d’un super-État européen.

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