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Bart De Wever : « Un parti nationaliste flamand doit oser gouverner, même sans réforme de l’État »
Lors de la présentation de la biographie consacrée à la figure de proue de la Volksunie, Hugo Schiltz, le premier ministre Bart De Wever a livré un aperçu de sa philosophie politique personnelle. Il y a également expliqué publiquement pour la première fois la « doctrine du fort », un choix stratégique crucial pour le parti : « S’il existe — et uniquement s’il existe — une possibilité de répondre à la volonté populaire flamande par la voie fédérale, alors il est de notre devoir d’assumer cette responsabilité », a déclaré le premier ministre.
La Flandre comme moyen, non comme finalité
Bart De Wever a souligné que la priorité d’un parti nationaliste flamand doit être de traduire politiquement la volonté populaire flamande :
« La Flandre est un moyen, pas une fin en soi. Elle est l’instrument qui permet de suivre la voie tracée par la volonté populaire flamande. Un parti nationaliste flamand doit capter et canaliser le courant dominant de cette volonté populaire. Son ambition ne peut être moindre que de devenir le grand parti populaire de référence. »
Selon le premier ministre, cette ambition implique aussi d’assumer des responsabilités gouvernementales, même lorsque le contexte institutionnel n’est pas idéal. Un tel parti doit « avoir le courage de gouverner, même sans réforme de l’État, tant qu’il mène une politique qui répond suffisamment aux attentes profondes de la société flamande ».
Le Confédéralisme Si nous voulons changer quelque chose structurellement, nous devons changer les structures. Le confédéralisme est le changement structurel qui devrait être opéré en Belgique. Dans une confédération, la Flandre et la Wallonie auraient toutes les compétences. Elles les exercent elles-mêmes, mais peuvent également décider de gérer conjointement certaines compétences au niveau confédéral, dans leur intérêt respectif. La logique est complètement inversée : au lieu de transférer certaines compétences du niveau fédéral à la Flandre et à la Wallonie, les compétences peuvent être cédées au niveau confédéral. La collaboration forcée est remplacée par une collaboration volontaire. Devoir devient vouloir. On structure à partir du bas au lieu de scinder à partir du haut. Le confédéralisme équivaut dès lors à décider ensemble ce que nous souhaitons faire conjointement. confédéralisme pour remplacer le fédéralisme belge
Si Bart De Wever reconnaît que les réformes de l’État successives depuis les années 1970 ont permis des avancées importantes, il se montre très critique à l’égard de la structure fédérale actuelle. Il a rappelé que « la structure de l’État belge élaborée entre Egmont et Lambermont, à l’initiative, avec la collaboration ou avec le soutien de la Volksunie, a certes permis une large émancipation culturelle et économique de la Flandre. Mais elle a aussi donné naissance à un État fédéral qui ne fonctionne pas : il manque de transparence, engloutit des ressources et se révèle inefficace ».
Pour Bart De Wever, la poursuite de l’autonomie de la Flandre au sein de l’Europe constitue la seule voie d’avenir :
« Les avantages d’échelle pertinents pour les politiques supranationales — j’entends par là les politiques qui dépassent notre propre démocratie flamande — se trouveront davantage en Europe qu’en Belgique, dans le monde tel qu’il se dessine aujourd’hui. »
« Ceux qui pensent que le système finira par craquer de lui-même se bercent d’illusions. Le minuteur de la cuisine de grand-mère ne nous sauvera pas. Tout dépendra de responsables politiques ayant la compétence, le courage et le sens des responsabilités nécessaires pour quitter la tribune et entrer dans l’arène. »
Selon le premier ministre, le fédéralisme actuel empêche de véritables réformes :
« Tous les changements sont enfermés dans un “béton politique”. Les réformes institutionnelles, en particulier, semblent totalement bloquées. La réponse durable pour sortir de cette impasse est le confédéralisme, comme nouveau paradigme appelé à remplacer le fédéralisme belge. Cela reste ma conviction personnelle et idéologique. »
La « doctrine du fort » : gouverner au niveau fédéral au service du peuple flamand
Bart De Wever a défendu le choix d’assumer des responsabilités dans le cadre institutionnel existant tant que la voie vers le confédéralisme reste bloquée. Il y voit un devoir :
« Si le confédéralisme n’est pas possible et s’il existe — et uniquement s’il existe — une chance de répondre à la volonté populaire flamande par la voie fédérale, alors il est de notre devoir d’y prendre nos responsabilités. »
Le premier ministre a qualifié ce choix stratégique de « doctrine du fort ».
« C’est le choix que j’ai fait l’an dernier. Je sens qu’il est également soutenu au sein du Mouvement flamand, même s’il comporte des risques considérables. »
Même s’il reconnaît que cette voie est « particulièrement incertaine et délicate », Bart De Wever ne voit pas d’alternative :
« Il n’existe pas d’autre choix raisonnable, sauf celui de s’imposer soi-même l’irrélevance », a-t-il conclu.