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Bart De Wever à Davos : « L’Europe risque de devenir un esclave misérable »
Lors d’un débat organisé dans le cadre du Forum économique mondial de Davos, le Premier ministre Bart De Wever a livré une analyse percutante de la situation géopolitique actuelle. Son message était sans détour : l’Europe se trouve à la croisée des chemins et doit choisir, de toute urgence, entre l’unité et la puissance, ou la division et l’insignifiance.
« Des lignes rouges ont été franchies »
En réaction à l’étonnante proposition du président américain Donald Trump de racheter le Groenland, Bart De Wever a affirmé qu’il n’était plus possible pour l’Europe d’adopter une attitude conciliante.
« Jusqu’ici, nous avons tenté d’amadouer le président à la Maison-Blanche », a-t-il déclaré, en référence à l’approche modérée de l’Europe face aux tarifs douaniers américains, dans l’espoir de maintenir le soutien à la guerre en Ukraine. Mais selon lui, certaines limites ont été franchies : « Il faut choisir entre être un vassal heureux ou perdre tout respect de soi et devenir un esclave misérable. Si nous reculons maintenant, nous perdons notre dignité – ce que la démocratie a de plus précieux. »
La fin d’une époque
Bart De Wever estime qu’un véritable tournant est en cours : la fin possible de 80 ans d’atlantisme. Il a cité à ce propos le philosophe Antonio Gramsci : « L’ancien meurt, le nouveau ne peut pas naître, et dans cet interrègne surgissent les monstres. » Il a rappelé que la stratégie américaine s’est progressivement réorientée vers la région pacifique – une évolution amorcée sous Barack Obama – pendant que l’Europe fermait les yeux, profitant encore naïvement des dividendes de la paix.
Un exemple particulièrement révélateur est, selon lui, le changement d’attitude des États-Unis face au conflit entre la Russie et l’Ukraine. Il a évoqué une réunion récente de la « coalition des volontaires » à Paris, où la délégation américaine aurait déclaré ne pas être là pour « choisir un camp », mais pour « conclure un accord ». De Wever s’en est indigné : « J’ai grandi à une époque où l’Occident défendait inconditionnellement la souveraineté des peuples et la démocratie. Ce refus de choisir entre un tyran et une démocratie incarne exactement la division dont Poutine tire sa force. »
Un appel à un vrai bâton européen
Malgré ce constat inquiétant, Bart De Wever s’est dit prudemment optimiste face aux récents signes de fermeté européenne, comme la décision de poursuivre le soutien à l’Ukraine à hauteur de 90 milliards d’euros. Mais il a souligné que les belles paroles ne suffisent pas face à des dictateurs comme Vladimir Poutine : « Les Américains disent : ‘Parle doucement, mais tiens un gros bâton.’ Nous, en Europe, nous parlons doucement… mais nous n’avons pas de bâton. »
Pour inverser cette tendance, le Premier ministre appelle l’Europe à investir massivement dans la défense, à gagner son autonomie technologique et à nouer de nouvelles alliances.
Trump, une alerte salutaire ?
Bart De Wever a conclu en affirmant que la pression actuelle exercée par Donald Trump pourrait être le choc salvateur dont l’Europe avait besoin.
« Dans cinq ans, nous dirons peut-être : merci, Monsieur Trump, de nous avoir réveillés juste à temps pour bâtir une Europe plus forte et plus unie. »
Et de conclure, sans détour : « Soit l’Europe s’unit et reconstruit sa puissance, soit la mondialisation s’effondre – et l’Europe en sera la principale victime. »