Axel Ronse : « Personne ne semble savoir combien de malades de longue durée se trouvent à l’étranger »

12 octobre 2026
Axel Ronse

Près de 15 000 malades de longue durée perçoivent des indemnités de maladie belges alors qu’ils résident à l’étranger. Cela représente 258 millions d’euros par an. Pourtant, les autorités ignorent combien de malades de longue durée séjournent réellement à l’étranger, quel est le coût total de leurs indemnités et à quelle fréquence ils font l’objet de contrôles médicaux. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par Axel Ronse, chef de groupe N-VA à la Chambre.

Axel Ronse ne pointe pas du doigt les malades eux-mêmes, mais les dysfonctionnements du système. « En principe, une personne qui perçoit des indemnités de maladie et réside à l’étranger ne commet aucune infraction. Toute personne qui travaille en Belgique cotise à la Sécurité sociale En Belgique, la sécurité sociale relève jusqu’à aujourd’hui du fédéral. Les principaux piliers de la sécurité sociale belge sont l’assurance maladie-invalidité (INAMI), les pensions, l’assurance-chômage et les allocations familiales, sans oublier les maladies professionnelles, les accidents du travail et les vacances annuelles. Certains partis flamands prônent depuis longtemps le transfert de (grands pans de) la sécurité sociale aux régions et communautés. sécurité sociale . Si elle tombe malade, elle a donc droit à des indemnités versées par notre pays, même si elle déménage ensuite à l’étranger », explique-t-il. « Malheureusement, le suivi de ces bénéficiaires présente de graves lacunes. »

À peine 553 rapports de contrôle

Entre 2020 et 2025, le nombre de malades de longue durée officiellement domiciliés à l’étranger a bondi de 58 %, pour atteindre 14 713 personnes. À titre de comparaison, le nombre de personnes en incapacité de travail depuis plus d’un an en Belgique n’a augmenté « que » de 22 % sur la même période. Quant aux dépenses annuelles, elles sont passées de 139 à 258 millions d’euros, soit une hausse disproportionnée de 86 %.

Pourtant, en 2025, les mutualités n’ont demandé que 1 934 contrôles médicaux concernant des malades de longue durée à l’étranger, et n’ont reçu que 553 rapports en retour. Certains contrôles accusent par ailleurs des retards particulièrement importants. Ainsi, à la Mutualité chrétienne, le délai moyen pour obtenir un rapport en provenance de Bulgarie atteint pas moins de 779 jours. « Les mutualités n’interviennent pas lorsque les délais deviennent excessifs. Elles laissent tout simplement ces lenteurs perdurer », constate Axel Ronse.

Personne ne connaît le nombre réel de bénéficiaires concernés

Plus étonnant encore : les mutualités, l’INAMI et les autorités ne savent même pas combien de malades de longue durée se trouvent réellement à l’étranger, ni combien y résident de manière permanente.

En effet, les 258 millions d’euros ne concernent que les malades de longue durée officiellement domiciliés à l’étranger. Personne ne sait combien d’indemnités sont également versées à des personnes qui y séjournent pendant de longues périodes sans y être domiciliées. Les indemnités versées aux personnes en incapacité de travail depuis moins d’un an qui résident ou séjournent à l’étranger échappent elles aussi à ces statistiques. Les dépenses réelles sont donc plus élevées, sans que personne puisse dire dans quelle mesure.

Le suivi des personnes qui partent à l’étranger présente lui aussi d’importantes lacunes. Toute personne qui perçoit des indemnités de maladie belges et déménage dans un autre pays européen est tenue d’en informer sa mutualité par écrit. Mais personne ne vérifie si cette Obligation Une obligation est un prêt accordé à une entreprise ou à une autorité qui est remboursé avec un intérêt. Contrairement aux actions, la plupart des obligations ont une durée et un intérêt fixes. Cet intérêt est généralement payé annuellement. De ce fait, les obligations impliquent en règle générale un risque moindre que les actions. obligation est effectivement respectée.

Séjour temporaire ou résidence permanente ?

Des règles plus strictes s’appliquent aux voyages vers les pays situés hors d’Europe avec lesquels la Belgique n’a pas conclu de convention, appelés « pays tiers ». Dans ce cas, le malade doit obtenir au préalable l’autorisation d’un médecin. En 2025, cette autorisation a été demandée à 18 875 reprises. Mais combien de personnes partent sans autorisation ? Et combien de demandes sont refusées ? Là encore, aucun chiffre n’est disponible. « Tout cela est beaucoup trop laxiste », estime Axel Ronse. « Ceux qui partent sans avoir demandé d’autorisation devraient être sanctionnés. »

Un autre problème se pose concernant ces pays tiers. Une personne qui s’y installe officiellement perd son droit aux indemnités de maladie belges. En revanche, si elle n’y séjourne que temporairement, elle peut les conserver sous certaines conditions. Selon la N-VA, cette distinction ouvre la porte aux abus : une personne peut rester officiellement domiciliée en Belgique alors qu’elle vit en réalité à l’étranger.

« On constate ainsi que, l’an dernier, pas moins de 4 437 indemnités ont été versées à des malades qui "séjournaient" en Égypte, et 1 842 à des malades en Thaïlande », souligne Axel Ronse. Une fois de plus, il apparaît que les mutualités ne vérifient pas si ces personnes n’y résident pas, en réalité, de manière permanente.

« Le fait que l’INAMI et les mutualités ne disposent pas d’informations aussi essentielles révèle une gestion totalement défaillante », dénonce Axel Ronse. « Les personnes qui résident ou séjournent à l’étranger ne font pas l’objet d’un suivi aussi rigoureux que les malades en Belgique. Cela crée une discrimination. »

Retirer aux mutualités la responsabilité des contrôles

Axel Ronse souhaite dès lors retirer aux mutualités la responsabilité du contrôle des malades de longue durée. « Ce sont les mutualités elles-mêmes qui doivent fournir les données permettant à l’INAMI de contrôler leur fonctionnement. Or, elles n’ont aucun intérêt à tenir ces données de manière rigoureuse, puisque cela les expose davantage à des sanctions financières. La seule conclusion logique est donc de leur retirer immédiatement la responsabilité du contrôle des malades de longue durée. »

Il plaide également pour l’examen d’autres solutions, notamment la mise en place d’équipes mobiles de médecins belges chargées d’effectuer des contrôles sur place. « Les montants en jeu sont considérables. Nous devons oser sortir des sentiers battus », insiste Axel Ronse.

Pour le chef de groupe N-VA, l’enquête est donc loin d’être terminée. Il entend faire toute la lumière au Parlement sur les raisons pour lesquelles les mutualités, l’INAMI et le ministre ont laissé perdurer ces graves lacunes dans le suivi des malades pendant des années.

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