15 questions à propos l’énergie nucléaire

Sous l'impulsion de la ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), le gouvernement De Croo semble s’obstiner à vouloir fermer toutes les centrales nucléaires d’ici 2025. Cependant, la sortie du nucléaire pose question en termes de sécurité d’approvisionnement, de prix et de durabilité de notre énergie. Il n’est pas étonnant que de plus en plus d’experts en énergie tirent la sonnette d'alarme. Dans le même temps, de nombreux mythes et demi-vérités circulent. Afin de vous informer au mieux, la N-VA a rassemblé les questions les plus fréquemment posées sur notre approvisionnement en électricité et la sortie prévue du nucléaire. Vous trouverez ci-dessous la réponse à ces 15 questions. Vous ne trouvez pas de réponse à votre question ? N'hésitez pas à la poser via le formulaire de contact.

Quelle est l’importance de l’énergie nucléaire pour la Belgique ?

La Belgique compte actuellement sept réacteurs nucléaires opérationnels répartis entre le site de Doel et de Tihange. En moyenne, ils couvrent ensemble la moitié de notre consommation totale en électricité, voire beaucoup plus à certains moments, lorsqu'il y a peu de vent ou de soleil, la part de l’énergie nucléaire augmente. L’énergie nucléaire constitue dès lors une part importante dans notre mix énergétique actuel.

Cinq centrales vont être fermées mais les deux plus récentes pourraient par contre bien rester en activité. Il y a d’ailleurs de très bonnes raisons pour cela : elles permettent de garder une énergie à prix abordable, fiable et respectueuse du climat.  

Quelle est la conséquence de la sortie du nucléaire sur le prix de l’énergie ?

Notre facture d’énergie est déjà très élevée et va encore augmenter à cause de la sortie du nucléaire. Pour garder la lumière allumée, le gouvernement fédéral veut remplacer les centrales nucléaires par de nouvelles centrales au gaz polluantes. Les producteurs et exploitants de ces nouvelles centrales au gaz doivent pour cela faire d'énormes investissements et demander des subsides en retour. Selon diverses études[1], le coût de ces subsides s'élèvera à des milliards d'euros, ce qui reviendra à des centaines d'euros par Belge, une facture qui sera dans tous les cas payée par les citoyens et les entrepreneurs. Si ce n'est pas par le biais de la facture d'électricité, alors ce sera via la fiche d’impôts.

Nous saurons dans les prochaines semaines de combien la facture augmentera exactement. Les enchères pour les subsides des centrales au gaz viennent de se clôturer. Cependant, les premiers signaux ne sont pas encourageants : le prix du gaz et le prix du CO2 (que les centrales au gaz doivent payer de l'Europe) ont atteint un niveau record.

La N-VA plaide dès lors pour le maintien des deux centrales les plus récentes.

[1] L’avis d’Elia sur la vision énergétique de la Belgique pour 2050 ; Bureau fédéral du Plan : Impact du Pacte, février 2018 ; EnergyVille ‘Vooruitblik op Belgische elektriciteitsvoorziening in 2030 en 2050’ (disponible en néerlandais et en anglais),  2020; Prof. Albrecht ‘Le trilemme énergétique’ 2017; CREG

Pourquoi la facture d’électricité est-elle une seconde fiche d’impôts ?

Environ deux tiers d'une facture d'électricité moyenne sont constitués de toutes sortes de prélèvements, comme la TVA et les coûts de réseau. Des milliards de subventions vertes, qui ont été royalement distribuées dans le passé, pèsent toujours sur la facture. Alors que les coûts fédéraux, qui tombent sous la responsabilité du gouvernement Vivaldi, continuent d'augmenter, les coûts flamands diminuent dans la facture. C'était la conclusion de quatre régulateurs indépendants en début d’année.

La ministre flamande Zuhal Demir, elle, travaille réellement à faire baisser la facture et elle demande au gouvernement fédéral de faire de même. Les tarifs du réseau de distribution flamand devraient normalement baisser cette année, mais le gouvernement fédéral a empêché cela : en toute discrétion, par arrêté ministériel, les subsides pour les parcs éoliens offshore ont été considérablement augmentés.

Quel est l’impact de la sortie du nucléaire sur les ambitions climatiques ?

L’énergie nucléaire n’est pas un émetteur direct d’émissions de C02 et est à ce titre, une source d’énergie indispensable pour diminuer nos émissions globales. En fermant toutes les centrales nucléaires, de nouvelles centrales au gaz subsidiées seront nécessaires. Le gouvernement, qui s’est autoproclamé « le plus vert de tous les temps », a donc l'intention de donner des milliards d’euros d'argent public à des producteurs d'énergie en échange... d'un air plus pollué.

Selon une étude britannique du centre de réflexion sur le climat Ember, la Belgique sera le seul pays européen à avoir un mix énergétique plus polluant d'ici 2030 qu'aujourd'hui. Et cela avec les écologistes au pouvoir. A titre de comparaison, le remplacement des deux centrales nucléaires les plus récentes par des centrales aux gaz a le même impact que la mise en circulation de plus d’un demi-million de voitures essence et diesel classiques supplémentaires. Quel ministre réellement écologiste serait prêt à se lancer dans un tel projet ? C’est ce que fait le gouvernement Vivaldi.

D’après les partisans de la sortie du nucléaire, la construction de centrales au gaz en Belgique provoquera la fermeture de centrales plus polluantes en Europe de l’Est, ce qui serait meilleur pour l’environnement. Est-ce exact ?

Non. Il existe au sein de l’Union européenne un système d’échange de quotas d’émission (SEQE). Conformément à ce système Communautaire Qualifie tout ce qui a trait aux rapports entres les régions et les communautés. Ces rapports sont réglés par une législation linguistique détaillée datant de 1966 et les six réformes de l’État, de 1970 à ce jour. Il n’est toutefois pas uniquement question de conflits de nature culturelle et linguistique mais également de visions diamétralement opposées concernant la politique socio-économique, la migration, la justice, etc. Un déficit démocratique s’est créé avec deux opinions publiques scindées. communautaire , les installations doivent présenter un quota d’émission pour chaque tonne de CO2 émise. Le nombre de quotas d’émission disponibles est limité, mais les installations peuvent se les échanger entre elles. La baisse du nombre de quotas d’émission disponibles chaque année doit créer une pénurie sur le marché (en théorie). Les installations ont alors le choix : soit réduire leurs émissions, soit acheter des quotas d’émission (l’installation payant alors indirectement pour les réductions d’émission d’une autre).

L’échange de tels quotas d’émission prend toutefois de nombreuses formes et est particulièrement complexe. Il y a eu trop de quotas par le passé et ils ont été accumulés. Ce problème doit encore être abordé mais, selon divers experts, on ne pas dire à l’heure actuelle que la création de nouvelles centrales en Belgique va faire disparaître les centrales plus anciennes ailleurs en Europe. L’argument qu’invoque Ecolo/Groen est donc faux.

En outre, le raisonnement est par ailleurs très étrange, même si cela se réalisait un jour. L’air pollué sera donc produit  massivement chez nous et cela nuirait fortement à la qualité de l’air. Et ce serait quand même une bien maigre consolation que de nous dire que l’air est moins pollué ailleurs en Europe.

Un autre argument avancé par les partisans de la sortie du nucléaire est que les centrales nucléaires empêchent le déploiement des énergies renouvelables. Est-ce vrai ?

Ce n’est pas vrai. Energyville, un centre de recherche spécialisé, a établi l’année dernière différents scénarios concernant l’approvisionnement électrique en Belgique. La conclusion est la suivante : « La prolongation du nucléaire réduit la nécessité d’investir dans les centrales au gaz et a un impact négligeable sur les investissements dans les énergies renouvelables». En d’autres termes, la prolongation des centrales nucléaires n’entrave nullement le déploiement des énergies renouvelables.

L’impact négatif d’une centrale au gaz sur le climat peut-il être évité ?

Le gouvernement fédéral souhaite réduire l’impact sur le climat des centrales au gaz. Pour 2027, les nouvelles centrales devraient présenter un plan visant à ramener leurs émissions à zéro d’ici 2050. Les exploitants pourront choisir comment ils souhaitent s’y prendre et à quel rythme. Cette approche n’empêche bien évidemment pas une forte augmentation locale des émissions de CO2 dans des années cruciales pour le climat. La promesse de neutralisation d’ici 2050 va par ailleurs faire fortement augmenter le coût, pour un résultat encore incertain.

L’exploitant des centrales nucléaires n’a-t-il pas déjà décidé lui-même de fermer toutes les centrales nucléaires ?

Il y a quelques mois encore, le gouvernement fédéral se trouvait dans une meilleure position de négociation. Il pouvait décider de maintenir les deux centrales nucléaires les plus récentes ouvertes et de faire reverser une partie des bénéfices de l’exploitant dans le budget. Cela aurait permis d’alléger la facture d’électricité. Tous les investissements nécessaires auraient par ailleurs été pris en charge par l’exploitant au lieu du contribuable.

À cause des atermoiements de la ministre écologiste Tinne Van der Straeten, l’exploitant s’est retrouvé dans une position de négociation bien plus favorable. Il peut désormais menacer de fermer les centrales. Si elles doivent finalement rester ouvertes pour assurer l’approvisionnement, maintenir la facture d’énergie sous contrôle et défendre le climat, il devra être indemnisé.

Le gouvernement flamand boycotte-t-il la construction des centrales au gaz en refusant les permis ?

Non. Actuellement, en Flandre, les provinces de Limbourg et du Brabant flamand ont refusé d’accorder un permis pour deux centrales au gaz. Le recours contre ce refus intervient au gouvernement flamand, qui doit alors trancher. La ministre flamande Zuhal Demir se base pour ce faire sur divers avis des administrations et organisations compétentes. Les règles sont respectées à la lettre.

La troisième centrale flamande, à Wondelgem, a reçu un permis de la part de la députation, mais celui-ci a été suspendu en raison du recours d’un comité citoyen local auprès du gouvernement flamand. L’exploitant a finalement retiré sa demande et n’a pas fait d’offre pour le CRM. La quatrième centrale, à Tessenderlo, a fait l’objet d’une demande auprès du gouvernement flamand, mais le dossier vient seulement d’être lancé.

En Wallonie, des recours ont également été introduits contre trois projets sur quatre, mais ils n’ont pas d’effet suspensif et la construction peut donc se poursuivre. La quatrième centrale wallonne est en ordre au niveau du permis.

La N-VA souhaite-t-elle construire de nouvelles centrales nucléaires ?

La question ne se pose pas pour le moment et nous devons tout faire pour maintenir en activité les deux centrales nucléaires les plus récentes qui sont opérationnelles. Nous verrons ensuite s’il est judicieux d’investir dans de nouvelles centrales nucléaires dans notre région. Il est déjà clair que les énergies renouvelables ne suffiront pas à elles seules pour évoluer à temps vers une société neutre en CO2. Ceci n'est réaliste qu'avec un mix énergétique composé à la fois de sources d'énergie renouvelables et nucléaires. Ce n'est pas seulement l'avis de la N-VA, mais aussi de l'UNECE. De plus, les progrès technologiques réalisés dans le secteur nucléaire, par exemple dans les réacteurs nucléaires à petite échelle (SMR) ou encore le recyclage des déchets nucléaires, sont particulièrement prometteurs. Tout cela rend totalement indéfendable l'interdiction de cette technologie en tant que partie potentielle de la solution.

La N-VA a-t-elle voté en faveur de la fermeture des centrales nucléaires par le passé ?

La question de la sortie du nucléaire ne date pas de 2015 mais de 2003. À l’époque, la N-VA avait clairement voté contre en raison de l’absence de garanties quant à la sécurité de l’approvisionnement, au caractère abordable et à la durabilité. Dix-huit ans plus tard, il n’y a toujours pas de vision claire en matière d’énergie dans ce pays. La N-VA n’accepte toujours pas cette situation.

La technologie continue toutefois d’avancer. Il y a quinze ans, les technologies de stockage de l’énergie en étaient encore à leurs balbutiements et nous commencions à peine à intégrer les énergies renouvelables dans notre mix énergétique. Les grandes centrales biomasse étaient considérées comme la voie vers un avenir durable.

Au fil des ans, nous avons mieux compris les activités qui ont un impact sur le changement climatique. Et en plus, avec les années, nous avons énormément innové, ce qui nous offre plus d’options aujourd’hui.

L'énergie nucléaire est-elle en progression ou un recul ?

Au 1er janvier 2019, nous comptions 450 réacteurs nucléaires opérationnels dans le monde, ce qui représente 10,3 % de l’électricité mondiale. La part est encore plus élevée en Europe. Au sein de l’UE, 27 % de l’électricité est produite par l’énergie nucléaire, avec 129 réacteurs nucléaires opérationnels. Rien qu’en Europe, quatre réacteurs nucléaires sont actuellement en construction et 24 sont prévus. L’Agence internationale de l’Energie s'attend à ce que le nombre de réacteurs nucléaires triple d’ici 2050. De nombreux pays, comme la Pologne, la Chine, le Royaume-Uni et la Finlande, souhaitent adapter leur mix énergétique en combinant l’énergie nucléaire et renouvelable, à l’instar de la Suède.

L’énergie nucléaire est-elle sûre ?

L’énergie nucléaire évoque à certains des scénarios catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima. Mais ces centrales nucléaires ne sont pas comparables aux centrales nucléaires en Belgique : aucune des deux ne respectait les normes minimales de sécurité que nous connaissons. De plus, après Fukushima, l’Europe a soumis toutes ses centrales nucléaires à un test supplémentaire pour renforcer la sécurité là où c’était nécessaire Après les mises à jour, les centrales nucléaires belges actuelles ont satisfait à toutes les conditions de sécurité européenne. Tant que nous recourons à l’énergie nucléaire, la sécurité restera bien évidemment une priorité absolue.

D’où vient le mythe que l’énergie nucléaire serait dangereuse ?

Toute technologie comporte évidemment des risques en cas de problème. Mais la perception du public en matière d'énergie nucléaire n’est pas favorable. Les faits liés aux accidents nucléaires sont souvent exagérés. Par exemple, certaines rumeurs circulent selon lesquelles le tsunami à Fukushima ne s’est produit qu’après l’accident nucléaire. Alors que ce n’est évidemment pas le cas. Pire encore, on essaie de convaincre les gens que tant Fukushima que Tchernobyl ont entraîné un grand nombre de décès. Mais lorsque nous examinons les chiffres, nous constatons que beaucoup plus de gens décèdent de la production d’électricité à partir du charbon, du pétrole, du gaz ou la biomasse qu’avec l’énergie nucléaire. Le comité de recherche des Nations Unies a récemment encore confirmé que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’a, d’un point de vue statistique, pas entraîné de dommage sanitaire supplémentaire sur la population locale. Il est inexact qu’un plus grand nombre de cancers a été constaté. Le cancer de la thyroïde est effectivement plus souvent constaté chez les enfants, mais cela est dû à un meilleur contrôle : nous constatons également cette augmentation des diagnostics dans d'autres pays, qui n'ont pas été touchés par une catastrophe nucléaire.

Dans quelle mesure les déchets nucléaires sont-ils sûrs ? Et qu’en advient-il en Belgique ?

Les déchets radioactifs ne proviennent pas uniquement des centrales nucléaires, mais aussi des  hôpitaux, par exemple sous forme de seringues ou de vêtements de protection. Seuls 5 % de nos déchets radioactifs sont hautement radioactifs, tels que les combustibles nucléaires utilisés. Une centrale nucléaire comme Doel II produit chaque année un mètre cube de déchets hautement radioactifs. Par ailleurs, les déchets nucléaires sont les seuls déchets de la production d'électricité qui restent protégés et n’arrivent jamais dans l’environnement. Les déchets issus de la combustion de combustibles fossiles et de la biomasse tuent eux par contre sept millions de personnes par an dans le monde, en raison de la pollution de l’air. 

L’ONDRAF et Belgoprocess sont en charge de la gestion des déchets nucléaires en Belgique. Une consultation publique concernant la meilleure option pour nos déchets nucléaires vient de se terminer (voir www.ondraf.be/sea2020). A côté de cela, l’institut de recherche SCK CEN à Dessel travaille à une manière de rendre les déchets nucléaires moins dangereux.